Guest : Test Pressing — Qu’est-ce que le Balearic en 2012 ?

Test Pressing est un site internet spécialisé dans le genre de niche qu’est le Balearic Beats (parfois Balearic House ou tout simplement Balearic, le nom provient de l’archipel des baléares dont Ibiza fait partie). A travers des articles, des reviews de sorties récentes, de scans de vieux magazines ou encore une pléthore de mixes absolument géniaux, le site est une porte d’entrée privilégiée pour découvrir le monde fascinant de la scène Balearic. Paul Byrne a.k.a. Apiento vient justement d’écrire un article essayant d’apporter un début de réponse au problème épineux de la définition de ce genre, par essence, nébuleux. Il a accepté généreusement que je traduise l’article et que je le poste ici (je trouve que ça fait un écho bienvenu à mon précédent article qui aborde aussi la question du DJing).

Si cet article vous intéresse, je vous invite évidement à aller sur Test Pressing, à y télécharger les mixes et de plonger dans le monde fabuleux du Balearic.

Et comme on en parle dans l’article je vous invite à écouter ce mix de Lexx pour accompagner votre lecture !


Le Balearic Beat est un genre musical de niche tout en étant extrêmement large de par sa nature même. Il connaît des adeptes au Japon, au Royaume-Uni, en Argentine, au Brésil, en Suède, au Danemark, en Norvège, en Finlande et dans beaucoup de villes de par le monde. Le genre commence même à sortir la tête de l’eau et à être remarqué par un plus grand nombre. Si vous allez chez Colette, la boutique parisienne branchée, la moitié des CDs accrochés aux murs viennent de la scène Balearic. Pour essayer d’y voir plus clair, nous avons discuté avec Alfredo, Terry Farley, Lexx et quelques autres.

Par définition, et du fait de ses racines et de son origine, le Balearic Beat est un genre musical qui transcende les genres. Pour certains, comme le DJ et producteur Terry Farley, le terme désigne avant tout une période spécifique de l’histoire musicale d’Ibiza.

C’est, de façon très simple, en rapport avec Alfredo. Un gamin Sud-Americain en exil qui, observant une certaine jeunesse dorée et déjantée s’encanailler dans des afters, se disait “je peux jouer n’importe quoi et ils se mettront à danser”. Le Balearic anglais est fondamentalement influencé par ce qu’il a joué durant deux étés avant 1988. Après ça Alfredo a surtout fait de la House. De ce point de vue, le Balearic a vécu deux années magnifiques et s’est éteint de sa belle mort en 1988. »

Qu’est-ce qu’Alfredo, l’un des parrains du mouvement et légende d’Ibiza, en pense lui-même ?

À la base, j’essayais tout simplement de faire danser une foule très cosmopolite, tard le soir ou très tôt le matin ! Une foule qui venait de partout et qui recherchait des expériences originales. Grâce à cela, je pouvais passer des morceaux très variés dans leurs styles, leurs tempos et leurs origines, pas seulement anglaises mais aussi italiennes, françaises, espagnoles, brésiliennes, africaines… C’est juste ça à l’origine, un mélange de Chill-out, de Lounge et de Dance, mais pas seulement… À l’époque, à Ibiza, je pouvais jouer de la Soul, du Reggae, du Rock, de la Pop, de la musique latine, et du moment que j’aimais ça, la foule aimait ça. Ils étaient prêts pour ça, et je pense que s’ils appréciaient le genre de musique que je jouais c’est qu’en réalité j’étais l’un d’entre eux ! »

Il est sûr qu’Alfredo fût le DJ originel et certains estiment comme Farley que les playlists qu’il a réalisées durant ces deux années marquent le début et la fin de la scène Balearic. Pourtant, nombreux sont ceux à avoir repris le flambeau et à faire briller la flamme d’un genre qu’ils aiment pour son esprit composite leur permettant de jouer de la Folk, de l’Ambient, de la House, du R&B et finalement de tout ce qui convient à l’humeur du moment.

La discothèque Ku en 1985

Le duo de Manchester, Moonboots et Jason Boardman de la boîte “Aficionado” ont ainsi une meilleure approche de ce qui fait la particularité du Belaric Beat.

Il s’agit simplement de jouer du bon son, quel qu’il soit, du moment qu’il sorte de la routine 4 temps et qu’il plaise à l’esprit autant qu’aux pieds des danseurs. À partir des playlists multi-tempo jouées au club Ku, à Shoom ou au Café Del Mar, du disco et des bizarreries Électro et Folk ont été ajoutées au mélange.»

Bill Brewster, auteur et DJ, montre les extrémités du genre. « Le Balearic Beat en 2012 est le même qu’en 2011, 1999 et 1984. Ce sont des merdes Pop et du EBM brillant. C’est tout et rien à la fois. » Nous disconviendrons sur le terme “merdes Pop” mais en même temps, on aime bien The Blow Monkeys… Mark, d’International Feel, le label derrière la dernière sortie de DJ Harvey, s’accorde aussi sur le côté polymorphe du genre.

Le Balearic Beat c’est tout ce que j’ai envie que ça devienne… Tout ce que vous avez envie que ce soit. Dans un monde saturé de bruits numériques, d’ondes sonores boudinées et de Pop digne de sonneries de portables, le Balearic n’est rien d’autre qu’atmosphères et pures mélodies, le dernier bastion de l’émotion véritable en musique. Ou peut-être n’est-ce que la moustache de Terje ! »

Le Terje dont il parle est Todd Terje. Un Norvégien, DJ, producteur et spécialiste de l’edit (il serait trop long d’évoquer cet aspect, pourtant passionnant, ici), qui a récemment montré qu’il était “l’homme de la situation” pour donner une résonance mondiale à notre musique. Son dernier single, Inspector norse (tiré de l’EP It’s the Arps) le montre bien. C’est une piste qui emprunte au Disco, aux sons électroniques et à son amour des synthétiseurs analogiques et qui est l’exemple parfait du côté dansant du Balearic. Il semblerait, alors que même Pitchfork s’intéresse à cette sortie récente, que ce pourrait être l’occasion pour la scène balearic de connaître un regain d’intérêt. Mudd, producteur et propriétaire du label Claremont 56, chantre du Balearic, est du même avis.

Actuellement le Balearic semble avoir relevé le niveau. L’année dernière, de nombreuses sorties magnifiques ont accosté les berges des baléares et on peut espérer que cette année en verra d’autres, rafraichissantes et plus portées sur le chant. »

Les DJs eux-mêmes ont souvent du mal à cerner le genre. Lorsqu’on l’interroge sur le sujet, le DJ suisse Lexx, l’un des maîtres de la mix-tape Balearic et DJ respecté estime qu’il n’a « aucune idée de comment décrire le style en 2012. Est-ce vraiment à moi de dire ce que c’est et de le définir ? Est-ce qu’on peut parler de Balearic en 2012 ? Pas facile de répondre… » C’est en réalité ce caractère insaisissable qui en fait presque une société secrète. Soit tu comprends, soit t’es à côté de la plaque. Soit tu fais partie du club, soit t’en es exclu. Stuart Leath, clubber vétéran et propriétaire du label en création Emotional Response, pense néanmoins que c’est justement le style de Lexx qui résume le mieux le genre.

Il suffit d’écouter comment il arrange les morceaux dans ses mixes. Pour moi ça capture l’essence du genre… Personne d’autre n’en est réellement proche à mon avis. »

Au final qu’est-ce qu’on en pense, ici à Test Pressing ? Le Balearic ce sont les sons magnifiques du Penguin Cafe Orchestra avec leur mélange, dans les années 1980, de musique classique et de musique du monde. C’est découvrir des albums étranges dont personne n’a jamais entendu parler ou c’est espérer trouver sur la face B d’un album de pop italienne un morceau avec LE son qui va bien. C’est toute cette caste de nouveaux producteurs et DJs qui rapatrient des mélodies jusqu’à notre époque et en façonnent les contours afin de leur donner une nouvelle forme. C’est obtenir un nouveau mix pour notre site et s’émerveiller de la quantité de musique que contient notre monde. Et ce n’est pas qu’une question de musique. Tout peut être Balearic. L’essai cinématographique qu’est “Bagdad Café” est tout à fait représentatif du genre par exemple. En terme de vidéo d’ailleurs, si vous voulez regarder le clip le plus Balearic de l’histoire, regardez le film “Look De Ibiza” produit pour la promotion de la discothèque Ku (et appréciez sa bande-son par la même occasion). Pour résumer, pour nous, le Balearic c’est une attitude, un état d’esprit.

Look De Ibiza (Ku Club Tourist Promo Video) from Apiento on Vimeo.

Laissons tout de même le mot de la fin à Alfredo.

Le Balearic c’est une musique surtout éclectique, heureuse, sexy, ni kitsch ni ringarde, qui trouve ses racines dans les origines de la Dance music, qui fleurit sur le dancefloor et vous fait oublier les genres et les catégories. Une musique qu’on apprécie, qu’on écoute, qu’on danse, qu’on partage. »

En bonus, un documentaire audio (en anglais) sur l’histoire d’Ibiza

Apiento pour Test Pressing

Traduction : Clément pour OSM

Image de Une : Les célebres couchers de soleil depuis le Café del Mar.

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